Tano D'Amico


Ragazza e carabiniere (Uno sguardo) [Roma, aprile 1977]. 


De nombreux visiteurs nous remercient de leur avoir fait découvrir l'oeuvre magistrale du photographe Tano D'Amico, dont ses clichés illustrent nos articles à propos des luttes urbaines et pour le droit au logement, en Italie des années 1970. Nous présentons ici quelques photographies et nous l'assurons de notre plus grande admiration : Grazié Tano ! 


▲ Tiburtina 1977 [Roma, maggio 1977]. 



▲ Sgombero di occupanti sulla Tiburtina [Roma, 1972]. 

Architectures du Front populaire


Villejuif,  groupe scolaire Karl-Marx | 1933

Jean-Louis COHEN
Architectures du Front populaire
Le Mouvement social | janvier – mars 1989

La durée est à la base de toute production architecturale appréciable et il y a donc quelque paradoxe à vouloir saisir dans le champ de la construction l'effet d'un phénomène politique tel que le Front populaire, qui ne débouchera guère sur des actions publiques permettant l'essor d'une architecture spécifique. Les inflexions déterminantes en matière de politique de l'habitation et de l'urbanisme sont bien antérieures et correspondent aux lois Loucheur et Sarraut, la « pause » dans les programmes de construction consécutive à la crise ne s'achevant pas avec le Front populaire, mais avec la reconstruction d'après 1945.

SEYCHELLES Socialiste | « Marx au Paradis »




Dans la nuit du 4 au 5 juin 1977, soixante partisans du politicien et premier ministre socialiste France-Albert René, allaient s'emparer du pouvoir avec une étonnante facilité. Il leur aura suffit d'attendre un voyage du président James Mancham, de prendre d'assaut un dépôt d'armes, d'occuper les points stratégiques, dont l'aéroport et les studios de Radio-Seychelles, et enfin d'instaurer un couvre-feu,  pour réussir une révolution “tranquille”, ayant fait deux victimes, un partisan et un policier. Il est vrai que face aux faibles forces de la police – le pays n'ayant pas d'armée -, les putschistes n'ont rencontré guère de résistance pour réussir leur révolution socialiste, plutôt bien accueillie par les classes populaires, condamnée par les vieilles familles de colons, et inquiétant l'État-major américain.

Les Seychelles [1], cette « nation de maîtres d’hôtel », néo-colonisée par les « Tous Riches » en dialecte créole, par un tourisme prédateur, selon les propos du camarade René, allaient devenir une nation dirigée par un parti unique, instituant un régime que l'on peut qualifier de social-démocratie « radicale ». Plusieurs quotidiens du monde entier titraient ainsi à propos de la révolution aux Seychelles : « Lénine au paradis » ou bien « Marx Paradise »...

Avant que les premières mesures de libéralisation de l'économie, imposées par les organismes internationaux en 1992, viennent changer, mais sans le compromettre, le système social ; par la suite, le départ volontaire de France-Albert René et l'arrivée du président Michel en 2004, puis la crise de 2008 achèveront complétement le socialisme « créole » seychellois, néanmoins réélu démocratiquement en 2006 et 2011, mais reniant à présent leurs devoirs envers les plus humbles, condamnant l'assistanat d'hier, faisant au contraire l'apologie de la libre entreprise, et savourant l'arrivée des investisseurs étrangers, dont notamment ceux prodigieusement riches des Émirats Arabes Unis, nouveaux néo-colonisateurs des temps modernes, qui entament méthodiquement, l'exceptionnel héritage du patrimoine naturel, et culturel de ce paradis.

Squats KANAK à Nouméa



Nous publions ici un extrait d'une brochure intitulée Kanaky, un bilan du néo-colonialisme, publiée en 1998, rééditée en 2009 par l’OCL  qui propose un outil destiné à informer les non-Kanak sur la situation de ce peuple en lutte contre l’impérialisme français : « Depuis sa prise de possession par la France en 1853, ce pays est en effet sous domination tant politique, économique, que culturelle. Les Kanak, d’abord dépossédés de leurs terres et parqués dans des réserves puis assujettis à un code de l’Indigénat, se battent de façon organisée depuis près de 30 ans pour l’indépendance. A l’heure où un nouveau statut se met en place, il convient de faire un historique de la lutte kanak, notamment depuis la création du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) en 1984. »




Hugo Chavez : Tourisme Social et Ecotourisme

Vénézuela : l'archipel Los Roques

L’archipel de Los Roques, au large des côtes du Vénézuela, est un véritable paradis : un atoll corallien aux eaux calmes et cristallines, aux plages de farine blanche, une faune aquatique d'une richesse exceptionnelle ; un chapelet d'îles protégé depuis 1972 en tant que réserve naturelle, afin de le préserver des promoteurs immobiliers et du tourisme de masse. Un sublime archipel qui est fréquenté par une grande variété d'oiseaux marins mais aussi par les plus riches vénézuéliens et la jet set internationale, venant ici mouiller leur luxueux yacht.  Fin 2011, le président Hugo Chavez, décide de "nationaliser" l'archipel  : « J’ai toujours dit que je nationaliserai Los Roques », affirme-t-il ; un territoire qu'il s'agit de libérer de la main-mise  - selon les termes du président - des privilèges de la « haute bourgeoisie » et des élites internationales. 

CHINE | Wukan



Isabelle Zhang
Wukan : un symbole de la résistance populaire en Chine rurale
Contretemps | 2012

Les termes du débat sur l’avenir du système politique chinois sont souvent définis à partir de trois perspectives différentes : certains croient en une transition démocratique impulsée par des mouvements de citadins et d’intellectuels1, d’autres croient en un soulèvement populaire légitimé par les inégalités sociales et la corruption2, enfin certains pensent que l’on pourrait assister à une réforme guidée lentement par les élites du Parti communiste3. Ces trois perspectives portent en elles des visions différentes des racines des tensions et des rapports de force actuels dans la Chine contemporaine. Mais que soient mis en avant la classe ouvrière, les classes moyennes ou les élites politiques en tant que sujet des transformations politiques, un caractère commun à ces trois perspectives est de considérer la ville comme le lieu de changement.

CHINE | Cyberactivisme et Luttes Urbaines




Nicolas DOUAY
Marta SEVERO
Timothée GIRAUD


La carte du sang de l’immobilier chinois, un cas de cyberactivisme
Information géographique |2012

L’objectif de cet article est d’explorer les nouvelles formes de mobilisation sociale en milieu urbain qui utilisent les technologies de l’Internet. Le développement des réseaux sociaux en ligne offre en effet de nouvelles possibilités d’expression et de contestation. Le Web 2.0 se transforme ainsi en un espace public numérique complémentaire de l’espace public physique traditionnel surtout lorsque celui-ci est particulièrement contrôlé.

CHINE 1976 | Organisation Sociale de l'Espace



Micheline Luccioni*
Note sur l'étude de l'organisation sociale de l'espace en chine | 1976
Espaces et sociétés n° 17 | mars-juin 1976

Si l'on ne fait que regarder le cadre bâti nouveau des villes chinoises, ce que l'on découvre ressemble plutôt à ce que l'on est habitué à voir, rien de spectaculairement différent ne nous frappe à première vue si ce n'est que les immeubles ont un air «plus humain » de par leur dimension plus modeste, et,un environnement immédiat infiniment plus verdoyant, planté d'arbres, plus agréable à vivre... Mais enfin, ils « ressemblent » à certains HLM. Comment cela est-il possible, où sont les «formes avancées de l'architecture socialiste » auxquelles consciemment ou non nous nous attendions ?

Kar-A-Sutra



Kar-A-Sutra, 1972

En conclusion de notre article sur le nomadisme hippy, nous évoquions le fait de l'influence majeure de la contre-culture hippie au sein de la société. François Hollande, président de la République française, n'y échappera pas : comme tant d'autres jeunes - futurs - cadres dynamiques, emporté par la vague néo-hippie, il sillonnera l'Europe en communauté à bord d'un J7 Peugeot reconverti, écoutant les Beatles et  Jimi Hendrix. Il sera arrêté en Grèce par la police. La prise de drogue, nécessaire et recommandée pour une  écoute optimale de ce type de musique et de voyage, n'est pas mentionnée dans sa biographie. Plus grave encore, en 1974, François Hollande obtint une bourse de l'école de commerce pour un séjour d'étude aux États-Unis, lui permettant, à nouveau, de  voyager sur les routes de New York à San Francisco...

Nomadisme Hippy | Tourisme Néo-Hippy



NOMADISME HIPPY
TOURISME NEO-HIPPY

L'Amérique n'est pas la Russie de 1917 ou la Chine de 1946, toute collision violente et frontale avec le pouvoir en place ne fera qu'assurer le suicide en masse de la gauche et le triomphe probable du fascisme domestique.

Saul Alinsky | 1972

New Left
et
Révolution psychédélique

On reproche volontiers aux différents courants hippies des USA, leurs méthodes d'action, leur pacifisme symbolisé par "Make Love, Not War", au sein du maelström contestataire et subversif des mouvements et organisations plus "radicales" de la New Left, du Black Power, des Native Americans, des Chicanos... Mais révolutionner l'Amérique, changer sinon la société mais les institutions, pourfendre le conformisme, voire même exiger le retrait des troupes au Vietnam, n'étaient pas, dans les années 1960, ni approuvé ni apprécié par le peuple américain et notamment la classe ouvrière qui n'y songeait pas et s'y opposait même. Cela relevait de l'utopie ou de l'inconscience. Dans une interview, Saul Alinsky évoquait en 1972 cette situation en répondant au journaliste Eric Norden [pour Playboy] :

Roland Barthes | Hippy


Hippies, Bombay


Peut-on imaginer un art de vivre, sinon révolutionnaire, du moins dégagé ? Nul, depuis Fourier, n'a produit cette image ; aucune figure, pour les conjoindre, ne se substitue au militant et au hippy : le militant continue de vivre comme un petit-bourgeois, le hippy vit comme un bourgeois retourné : entre les deux, rien : critique politique et critique culturelle ne parviennent pas à coïncider.


Roland Barthes
Un cas de critique culturelle.
Communications n° 14 | 1969


La ville d'où ces lignes sont écrites est un petit centre de rassemblement pour les hippies, principalement anglais, américains et hollandais ; ils y occupent à longueur de journée une place très animée de la vieille ville, mêlés (mais non mélangés) à la population locale qui, soit tolérance naturelle, soit amusement, soit habitude, soit intérêt, les accepte, les côtoie et les laisse vivre, sans les comprendre mais sans s'étonner. 

Karel TEIGE | Minimum Dwelling




Karel TEIGE
Minimum Dwelling
Via : 
Ross Wolfe

Karel Teige (1900-1951), marxist, one of the most important figures of avant-garde modernism of the 1920s and 1930s, influenced virtually every area of art, design, and urban thinking in his native Czechoslovakia. His Minimum Dwelling, originally published in Czech in 1932, is not just a book on architecture, but also a blueprint for a new way of living. It calls for a radical rethinking of domestic space and of the role of modern architecture in the planning, design, and construction of new dwelling types for the proletariat.  Teige envisioned the minimum dwelling not as a reduced version of a bourgeois apartment or rural cottage, but as a wholly new dwelling type built on the cooperation of architects, sociologists, economists, health officials, physicians, social workers, politicians, and trade unionists.

[Thanks Ross !]


Karel Teige (1900-1951), marxiste, est l'une des figures les plus importantes de l'avant-garde du modernisme des années 1920 et 1930, influencé par tous les domaines de l'art, du design, et de la pensée urbaine dans sa Tchécoslovaquie natale. Son essai Minimum Dwelling [logement minimum], initialement publié  en 1932, n'est pas seulement un livre sur l'architecture, mais aussi un modèle pour une nouvelle façon de vivre. Il appelle à une refonte radicale de l'espace domestique et du rôle de l'architecture moderne dans la planification, la conception et la construction de nouveaux types de logements pour le prolétariat. Teige envisage l'habitation minimum non pas comme une version réduite d'un appartement bourgeois ou d'un cottage, mais comme un type de logement entièrement nouveau construit avec la coopération des architectes, des sociologues, des économistes, des responsables de la santé, médecins, travailleurs sociaux, des politiciens et des syndicalistes. Cet essai  comporte de très nombreuses illustrations présentant les principaux projets de l'architecture moderne dans le domaine de l'habitat. Il est à télécharger dans son intégralité en version anglaise ; le site de Ross Wolfe - spécialiste de l'architecture soviétique - est à visiter... 


Karel TEIGE Minimum Dwelling pdf

URSS | Habitat et Dom-Kommuny



« En quoi consiste aujourd'hui notre tâche, que devons-nous apprendre en premier lieu, vers quoi devons-nous tendre ? Il faut apprendre à bien travailler – avec précision, avec propreté, avec économie. Nous avons besoin de développer la culture du travail, la culture de la vie, la culture du mode de vie. »

Leon Trotsky, Les questions du mode de vie
Moscou, 1923


Pour l'architecte et historien marxiste [et militant] d'origine russe Anatole KOPP, la révolution d'Octobre devait mettre fin aux principes dépassés de l'architecture pré-révolutionnaire. En abolissant la propriété individuelle, Octobre ouvrit aux architectes soviétiques les perspectives d'un grandiose travail de planification, et leur donna la possibilité d'élaborer un type nouveau d'organismes, de complexes et d'ensembles architecturaux. Ces perspectives vinrent remplacer les tâches étroitement individualistes imposées par les commanditaires d'avant la révolution.

Il ne s'agissait pas pour les architectes constructivistes – cette distinction est indispensable – de croire, comme l'avait cru à certains moments Le Corbusier -, qu'une architecture rationnelle mise à la disposition de tous pouvait remplacer la révolution. « Architecture ou Révolution » [la célèbre formule de Le Corbusier] était pour les constructivistes une interrogation vide de sens. La révolution avait eu lieu sur un sixième de la surface du globe ; aussi la seule question qui se posait réellement était de savoir comment, par les moyens de l'architecture, il était possible de contribuer à la reconstruction de la société.

INDE | Travail urbain dans la stratégie de la Révolution




Les bureaucrates et les urbanistes, travaillant sous les consignes directes de la Banque Mondiale, de la Banque Asiatique de Développement et d’autres institutions impérialistes, ont formulé des lois, des règlements, des principes et des schémas directeurs qui ont même abandonné le prétexte des slogans d’équité et de soulagement de la pauvreté urbaine d’autrefois.
...
Le travail dans les zones urbaines a une importance particulière dans notre travail révolutionnaire... dans notre révolution, qui suit la ligne de guerre populaire prolongée, la libération des zones urbaines ne sera possible qu’au dernier stade de la révolution.  Cependant, cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas nécessaire de se concentrer dès le début sur la construction du mouvement révolutionnaire urbain.  


Un document d'une valeur exceptionnelle concernant la stratégie politico-militaire " urbaine" - Our Work in Urban Areas dans le cadre de la Guerre populaire prolongée en Inde,   rédigé par le :


Communist Party of India- Marxist-Leninist

Perspective urbaine  
Notre travail dans les zones urbaines

Via :

Clarté Rouge

Organe théorique du Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste |Belgique

N°1 | avril 2012



1. Introduction

Le document Stratégie et Tactiques adopté au 9e Congrès de 2001 expose l’importance du travail urbain dans la stratégie de la Révolution Indienne de la manière suivante :

VIENNE La ROUGE


Karl-Marx-Hof | Karl Ehn architecte | 1929


Manfredo TAFURI
Francesco Dal CO

Vienne la Rouge : la politique du logement
 dans la Vienne socialiste [1920 - 1933]


La politique du logement qu'adopte la majorité social-démocrate de Vienne, après l'effondrement de l'Empire austro-hongrois, représente une solution de rechange radicale à la stratégie urbanistique de l'avant-garde allemande [République de Weimar]. La spécificité de la situation viennoise est d'ailleurs déterminante. À la spéculation foncière qui, dans l'avant-guerre, avait été la cause d'une forte hausse des loyers et de conditions de logement épouvantables pour les ouvriers, il faut ajouter le démembrement de l'Empire, qui prive la nouvelle Autriche de ses centres de production, en faisant de la capitale une tête sans corps, une agglomération improductive qui se cherche désespérément une fonction. En outre, à la majorité socialiste de la capitale répondent un territoire et un État que dirigent les classes conservatrices. De 1920 à 1933, Vienne sera un petit État dans l'État et, dans cette situation contradictoire, elle doit faire face à la ruine de son héritage. 

REISER | Le Corbusier





Reiser

Charlie-Hebdo n° 152
 1973



REISER | Les Promoteurs





Reiser

Pilote n° 631
 1972



Une ville et une Révolution | La Havane

Esquema de Plan director para La Habana, años 60

Instituto de Planificación Física.

Jean-Pierre Garnier
Une ville et une révolution, La Havane
De l'urbain au politique
Revue Espaces et Sociétés | n° 1, 1970


LA VILLE ENTRE PARENTHESES

« ... Notre capitale est une cité géante, compte tenu de la taille de notre pays. Si nous avions eu entre les mains le pouvoir de fonder la ville de La Havane, en vérité nous l'aurions fondée en un autre endroit où nous n'aurions pas permis que cette ville croisse tant. »
Fidel Castro
Le tournant décisif

Ville touristique et récréative, commerciale et consommatrice, tertiaire et bureaucratique, La Havane demeurait en 1963, en dépit ou à cause du bouleversement révolutionnaire, une ville productive, une ville parasitaire (1). Les habitants avaient pris possession de leur ville. Il restait au pays à s'approprier sa capitale. Peu en étaient conscients dans les années d'euphorie qui suivirent le triomphe de la rébellion. Il semblait normal que les masses exproprient leur ancienne classe dominante. On oubliait que de ce fait la population de la capitale risquait de se convertir en une sorte d'aristocratie urbaine aux dépens du reste du pays, maintenant avec lui des relations semi-coloniales. Refusant les conditions de vie dégradantes qui régnaient dans les campagnes, des flots d'immigrants venus des autres provinces grossissaient chaque jour la population de la capitale, dans l'espoir de participer aux avantages que pouvait leur offrir une ville désormais ouverte à tous. Un tel phénomène était incompatible avec les nécessités du développement, et c'est de cette contradiction que devait naître une première prise de conscience.

VENISE | Disneyland historique



Venise est un cadeau de l’Italie à l’humanité
Jean-François REVEL

La Sérénissime a également légué à l'humanité le mot ghetto : en 1516, le conseil des Dix décida de rassembler tous les juifs de Venise sur une petite île de Cannareggio, où se trouvait une fonderie (getto ou gheto signifie fusion en vénitien). Il a été successivement agrandi, ajoutant à la petite île appelée Ghetto Nuova des origines, le Ghetto Vecchio en 1541 puis, en 1633, le Ghetto Nuovissimo. C'est dans ce quartier que l'on rencontre des immeubles parmi les plus élevés de la ville. En effet, du fait de l'impossibilité de construire de nouvelles habitations dans ces quartiers limités et clos, les habitations se sont développées verticalement.

Architecture de la Révolution




L'architecture peut-elle être "révolutionnaire" ?
Une société révolutionnaire peut-elle produire une architecture qualifiée de révolutionnaire ? Quelle est la portée du terme « révolutionnaire » lorsque celui-ci s'applique à l'architecture, avec ses implications idéologiques, fonctionnelles, esthétiques, son contenu, etc.. Peut-on appliquer valablement un tel terme à une forme détachée de son contenu idéologique ? Comment s'exprime le contenu idéologique de la nouvelle société dans l'architecture qui la représente, c'est-à-dire, comment cette architecture est-elle révolutionnaire ? Peut-on parler d'une révolution architecturale en termes de forme-espace-technique- fonction, qui ait une incidence sur la transformation de la société ? En définitive, a-t-on le droit de postuler des formes, des structures ou des espaces « révolutionnaires » en dehors d'une fonction sociale révolutionnaire qui les précède et les motive ?

Dans cet article l'architecte cubain Roberto Segre analyse les traits essentiels entre nouvelle société et l'avant-garde architecturale, devant assumer une valeur exemplaire et indiquer la voie pour faire coïncider les facteurs sociaux, culturels, idéologiques et politiques. Un article magistral qui garde toute son actualité. 

Roberto SEGRE
Signification de l'architecture cubaine
dans le monde contemporain
Revue Espaces et Sociétés | n° 1, 1970

HUMANISME, ARCHITECTURE
ET TIERS MONDE.

L'architecture, ou plus exactement la pratique architecturale (1), constitue un des niveaux de la praxis sociale globale. Ce n'est pas le lieu, ici, de postuler une hiérarchisation des niveaux, mais d'indiquer l'importance qu'elle revêt au sein de notre milieu physique.

L'architecture — conçue de nos jours comme environmental design (2) — constitue le cadre et la manifestation de notre vie sociale, depuis la cellule individuelle minimum, jusqu'à l'ensemble du territoire, que la main de l'homme a transformé. Si la forme construite et l'espace habitable constituent la réalité essentielle de l'architecture, celle-ci se rattache de façon indissoluble aux exigences fonctionnelles et esthétiques de l'homme en tant qu'être social. L'abstraction implicite qui identifie Homme et Architecture, en dehors de toute particularité sociale, caractérise la théorie architecturale qui s'inspire de la philosophie idéaliste. En accord avec l'affirmation d'une essence universelle de l'homme (3), on proclame l'existence de valeurs éternelles, immuables — tout particulièrement dans le domaine esthétique et dans celui de la signification —, valeurs qui seraient demeurées semblables à elles-mêmes tout au long du procès historique. Ce sont ces valeurs qui font apparaître le contenu « humaniste » de l'architecture — terme utilisé par Geoffrey Scott en 1914 (4) — et qui tout au long du xxe siècle n'a cessé d'être proclamé par les tendances les plus diverses (5). L'architecture rationaliste, dans la période qui va de 1920 à 1930, s'avère humaniste dans sa volonté d'assurer les conditions d'existence minimum indispensables à l'homme de la société industrielle ; il en va de même du courant qualifié de « post-rationaliste » des années cinquante, dans son désir d'atténuer la sécheresse technique antérieure (6). Humaniste, l'architecture « organique » l'est aussi dans son souci du milieu et des facteurs psychologiques (F.L. Wright), comme d'ailleurs son interprétation européenne, le « néo-empirisme Scandinave ». Les expériences utopiques actuelles, fondées sur les conquêtes techniques, qui créent un nouveau cadre de vie humain (s'opposant au cadre de vie naturel) ou reposent sur la récupération du passé (des périodes où il existait un équilibre entre l'homme et le milieu ambiant), afin de libérer la société de son actuelle aliénation dans la technique, peuvent aussi être qualifiées d' « humanistes » ; il en va de même pour l'orientation prise par l'architecture dans les pays socialistes européens (7).


Che GUEVARA | Arquitectura Socialista



Ernesto Che GUEVARA

Discurso del en la Clausura del Encuentro Internacional
de Profesores y Estudiantes de arquitectura.

La Habana | 29 de septiembre de 1963


Compãneros estudiantes y profesores de arquitectura del mundo entero : Me toca hacer el resumen -como se llama en Cuba-, o cerrar con unas palabras este Encuentro Internacional de Estudiantes.

Tengo que hacer una conclusión muy penosa para mi, como primera medida:
confesar una ignorancia atroz sobre estos problemas, ignorancia que llega al extremo de no saber que el Encuentro Internacional de Estudiantes que se celebró era apolítico. Yo creía que era un encuentro de estudiantes, y no sabia que era un organismo dependiente de la Unión Internacional de Arquitectos.

Por lo tanto, como político -es decir, como estudiantes que participan en la vida activa del país y además después de leer las conclusiones, se demuestra que la ignorancia era colectiva porque las conclusiones son muy políticas también...

Fidel CASTRO | Arquitectura Socialista




Fidel CASTRO
Discurso pronunciado en la clausura del VII congreso
de la Union Internacional de Arquitectos

La Habana | 3 de octubre de 1963

Señores de la presidencia, delegados e invitados :

Hace varios años ya surgió la idea de efectuar en nuestro país este Congreso de la Unión Internacional de Arquitectos. Ciertas circunstancias surgieron en el trayecto, que dificultaron, o crearon algunas dificultades para la celebración del congreso en nuestro país. De eso no tiene la culpa nadie; ni la tiene la Unión Internacional de Arquitectos, ni siquiera la tenemos nosotros, surgió la Revolución en Cuba (APLAUSOS).

CUBA : Villes et Révolution


Cuba, La Havane, image du film Soy Cuba de Mikhail Kalatozov

Les grandes villes n'aiment pas la Révolution, quelque soit leur nature, et les révolutionnaires apprendront à s'en méfier ; ainsi le Parti Communiste Chinois persécuté dans les villes, s'exilera en 1928 dans les campagnes les plus reculées, Ho Chi Minh opéra la même stratégie, face à la terrible répression à Hanoï et Saigon, faite par la police militaire française, et par la suite, l'armée nord-vietnamienne essuya une grave défaite lors de l'offensive du têt contre les villes ;  les combattants algériens du Front de Libération National, décimés par les mêmes tortionnaires militaires français, abandonnaient Alger, en 1957. Les zones rurales, de montagne et de jungle – d'accès et de contrôle difficiles, par leur étendue, au contraire de l'espace limité des centres urbains – constituaient des lieux de retraite et des refuges efficaces, puis les meilleurs sanctuaires pour les révolutionnaires, mais également un prodigieux réservoir de militants, et notamment de paysans pauvres. 

Les révolutionnaires cubains ne prendront guère exemple sur ces expériences : la stratégie politico-militaire initiale décidée par les dirigeants de la Direction nationale du mouvement du 26 juillet – le M-26 -, présidée par Fidel Castro, pour mener à bien la révolution à Cuba, était de s'appuyer sur une insurrection urbaine générale, un « coup de force » initié par les milices urbaines du M-26 de Santiago de Cuba et de La Havane, devant s'étendre,  par un effet de Domino irréversible,  à toutes les villes du pays, entraînant spontanément le peuple urbain dans leur révolution, rappelons-le, non-socialiste, anti-dictatoriale et exigeant une véritable démocratie.

Godard : « la Gestapo des structures » : l'Aménagement de la Région de PARIS


Jean-Luc Godard filme La Courneuve en 1966

Quand on soulève les jupes de la ville, on en voit le sexe.
Jean-Luc Godard
2 ou 3 choses que je sais d'elle

Le film 2 ou 3 choses que je sais d’elle, est un ambitieux plan documentaire, car Elle, n'est autre que la région parisienne, qui en 1966 faisait l'objet de grands travaux (cités d'habitat, autoroutes, périphérique, etc.),  dans le cadre de son aménagement. L’objectif réel, pour Jean-Luc Godard, est d’observer et de critiquer cette grande mutation, entre fiction et documentaire, nous rappelant au passage les atrocités de la guerre du Vietnam. Un Jean Luc Godard alors engagé dans la voie maoïste, et filmant pour la première fois, quelques scènes dans la cité des 4000 à La Courneuve, là où vit l'héroïne ;  une des opérations emblématiques puis symboliques de la politique de l'Etat, en matière d'aménagement de territoire.